Quand l’intestin dit stop : la leçon du Hyrox de Pékin

Hier, sur 3bikes, nous racontions comment le cyclisme était passé du steak au petit-déjeuner aux 90, 100 et parfois 120 grammes de glucides par heure. Vingt-quatre heures plus tard, une histoire venue du Hyrox de Pékin rappelle brutalement l’autre moitié de l’équation. Car avant que les glucides alimentent les muscles, encore faut-il qu’un organe beaucoup moins spectaculaire accepte de faire son travail : l’intestin.

Par Jeff Tatard – Photos : DR

Hier, nous publiions sur 3bikes un article consacré à l’histoire de la nutrition cycliste. Du steak mangé à cinq heures du matin aux gels de 40 grammes avalés aujourd’hui à intervalles presque chronométrés, il racontait surtout un formidable changement de logiciel. Pendant longtemps, on a demandé au sportif de supporter la faim. Désormais, on lui demande presque l’inverse : devenir capable de manger énormément tout en continuant à produire des watts.

Et puis, ce matin, je tombe sur une histoire publiée notamment par Libération. À Pékin, lors d’une épreuve de Hyrox, l’Australienne Joanna Wietrzyk, l’une des meilleures athlètes mondiales de la discipline, a été victime en pleine compétition d’une incontinence fécale. Elle a pourtant continué son épreuve. L’organisation a ensuite reconnu qu’elle aurait dû intervenir plus rapidement et a annoncé des ajustements dans la gestion de ce type de situation.

Les images ont évidemment fait le tour des réseaux sociaux. Mais derrière ce que certains ont immédiatement transformé en sujet de moquerie se cache une question physiologique beaucoup plus intéressante : comment une athlète de ce niveau peut-elle soudainement perdre le contrôle de son intestin en plein effort ? Et surtout, qu’est-ce que cela raconte de notre nouvelle manière de nous alimenter en compétition ? C’est, en substance, ce que nous expliquait déjà Nina Voit en juillet dernier, lors de notre dossier consacré au rôle de l’intestin dans la performance : nous avons appris à nourrir toujours mieux les muscles, mais nous commençons seulement à comprendre que l’intestin doit, lui aussi, être capable de suivre.

Capture d’écran d’une publication du compte Instagram @facts4genius, consultée le 16 septembre 2026. Le crédit des photographies originales n’est pas indiqué sur la publication reproduite.
L’incident survenu lors du Hyrox de Pékin a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, souvent présenté sous son angle le plus spectaculaire. Derrière l’image se cache pourtant un phénomène physiologique bien documenté chez les sportifs d’endurance. Capture d’écran : Instagram @facts4genius.

Le corps a une hiérarchie. Et l’intestin n’est pas prioritaire.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut commencer par oublier l’alimentation quelques secondes. Quand vous êtes tranquillement assis à table, votre tube digestif travaille dans des conditions plutôt confortables. Du sang circule vers l’estomac et les intestins, on digère, on absorbe, on transporte. Maintenant, mettez cette même personne à courir presque à bloc et la hiérarchie physiologique change complètement.

Les muscles réclament de l’oxygène, le cœur accélère, la peau doit évacuer de la chaleur et le système nerveux sympathique prend les commandes. L’organisme fait alors ce qu’il sait faire de mieux : il arbitre. Une partie du débit sanguin qui alimentait jusque-là les organes digestifs est redirigée vers les muscles et la périphérie. C’est ce que les physiologistes appellent l’hypoperfusion splanchnique.

Lors d’efforts suffisamment intenses ou prolongés, cette réduction du débit sanguin digestif peut devenir considérable. Et c’est là que commence un paradoxe assez fascinant de la nutrition sportive moderne : au moment même où nous demandons à notre intestin d’absorber 60, 90, 100 voire 120 grammes de glucides par heure, nous réduisons en partie les moyens physiologiques dont il dispose pour le faire.C’était déjà l’un des messages forts de Nina Voit en juillet dernier : « À mesure que nous augmentons les apports énergétiques, nous demandons aussi à l’intestin de travailler dans un environnement de plus en plus défavorable. »

Cycliste en plein effort lors d’une course, illustrant les contraintes de l’intensité et de la chaleur sur l’organisme et le système digestif.
À haute intensité, l’organisme redistribue une partie du débit sanguin vers les muscles et la peau. Une adaptation indispensable à la performance et à la thermorégulation, mais qui peut rendre le travail digestif plus délicat.

Un muscle que l’on nourrit. Un intestin que l’on maltraite.

Évidemment, l’intestin ne s’arrête pas de fonctionner. Mais son travail devient plus compliqué. La diminution de son irrigation peut perturber l’absorption, modifier la motricité digestive et, lorsque l’effort devient particulièrement exigeant, altérer temporairement la barrière intestinale.

C’est ici qu’apparaît une expression devenue relativement populaire ces dernières années : le leaky gut, ou augmentation de la perméabilité intestinale. Il faut néanmoins être très précis sur ce terme, parce qu’il est régulièrement mal compris. Un intestin plus perméable ne signifie absolument pas que les selles « traversent » l’intestin ou qu’il existe une sorte de fuite digestive au sens mécanique du terme. Il s’agit d’un phénomène microscopique concernant les cellules de la paroi intestinale.

Sous l’effet notamment de l’hypoperfusion, de la chaleur et du stress physiologique, les jonctions entre ces cellules peuvent devenir momentanément moins étanches. Certaines molécules ou certains composants bactériens peuvent alors traverser plus facilement la barrière intestinale. C’est un phénomène physiologique important, mais il n’explique pas directement une incontinence fécale.

Pour comprendre celle-ci, il faut descendre beaucoup plus bas dans le système digestif et regarder ce qu’il se passe au niveau du côlon, du rectum et des mécanismes de continence.

Descriptif / ALT : Schéma pédagogique issu du volet 2/4 du dossier 3bikes réalisé avec Nina Voit, illustrant la redistribution du débit sanguin pendant l’effort : davantage de sang vers les muscles et la peau, tandis que l’intestin doit continuer à absorber eau et glucides.
L’art de demander l’impossible à l’organisme : pendant l’effort, les muscles et la peau réclament davantage de débit sanguin alors que l’intestin doit, dans le même temps, continuer à absorber eau et glucides. Un équilibre qui devient de plus en plus fragile avec l’intensité, la chaleur et la durée. Schéma extrait du volet 2/4 de notre dossier consacré à l’intestin pendant le Tour de France, réalisé avec Nina Voit.

Courir ajoute un problème que le cycliste connaît moins : ça secoue.

Un Hyrox, ce n’est pas une heure passée assis sur une selle. Le format associe huit kilomètres de course à pied, découpés en huit fois un kilomètre, entrecoupés de huit ateliers fonctionnels. On court, on pousse un traîneau, on tire, on rame, on porte, on réalise des burpees, des fentes lestées puis des wall balls.

Du point de vue de l’intestin, c’est presque une accumulation parfaite de contraintes mécaniques et physiologiques. La course provoque des impacts répétés et des mouvements des viscères. Les burpees, les fentes ou certains exercices augmentent brutalement la pression intra-abdominale. Pendant ce temps, le système sympathique tourne à plein régime et l’irrigation digestive reste réduite.

C’est notamment pour cela que les troubles gastro-intestinaux sont tellement fréquents en course à pied d’endurance : douleurs abdominales, ballonnements, nausées, besoin urgent d’aller aux toilettes, diarrhées et, dans certains cas beaucoup plus rares, saignements digestifs.

Le fameux runner’s trots n’a donc absolument rien d’une légende de vestiaire. Quand vous courez, votre système digestif est à la fois moins bien irrigué, davantage secoué et soumis à une pression mécanique bien supérieure à celle rencontrée à vélo. Comme nous l’expliquait en consultation le Dr Laurent Aumont, de l’IMS Préfontaine, le cycliste peut parfois encore composer avec son inconfort digestif ; le coureur, lui, doit en plus gérer la gravité, les impacts et les secousses répétées, qui ajoutent une contrainte mécanique au stress physiologique déjà imposé à l’intestin.

Et dans le cas de Pékin, il y avait probablement autre chose.

C’est ici qu’il faut rester extrêmement prudent. On ne peut évidemment pas poser un diagnostic médical à distance sur Joanna Wietrzyk. Plusieurs comptes rendus de la compétition indiquent néanmoins qu’elle aurait été malade avant l’épreuve, possiblement à la suite d’un épisode alimentaire ou infectieux. Et si cette information est exacte, elle change énormément la lecture de l’événement.

Imaginez simplement un intestin déjà irrité. Le transit s’accélère, les selles deviennent plus liquides, le rectum se remplit plus rapidement et la sensation d’urgence devient beaucoup plus difficile à contrôler. Ajoutez ensuite une heure d’effort à très haute intensité. Diminuez l’irrigation digestive. Ajoutez les impacts de la course, les variations brutales de pression abdominale, éventuellement la chaleur, la déshydratation, le stress de la compétition et tout ce qui a été consommé avant ou pendant l’épreuve.

À un moment, ce n’est pas nécessairement le sphincter qui « ne fonctionne plus ». C’est simplement la marge de sécurité physiologique qui disparaît.

La continence est d’ailleurs un mécanisme extraordinairement sophistiqué. Elle dépend de la consistance des selles, du remplissage du rectum, de sa capacité à se distendre, de la perception du besoin, du fonctionnement des sphincters et de la possibilité de décider de retarder ou non la défécation. Avec des selles normales, ce système possède généralement une marge importante. Avec une diarrhée liquide et une envie extrêmement urgente pendant un effort maximal, cette marge peut devenir extrêmement faible. Comme nous l’expliquait Nina Voit, « l’incontinence n’est pas forcément la panne d’un système. Elle peut être le moment où toutes ses réserves de sécurité sont dépassées en même temps. »

Descriptif / ALT : Stéphane Gicquel avec sa nutrition d’effort, illustrant les stratégies modernes d’apport en glucides pendant les épreuves d’endurance. L’athlète avait été présenté dans un portrait publié sur 3bikes un an plus tôt
90, 100, 120 g de glucides par heure : les stratégies nutritionnelles modernes permettent aujourd’hui d’apporter beaucoup plus d’énergie pendant l’effort. Mais augmenter les apports ne suffit pas : encore faut-il que l’intestin soit capable de les tolérer et de les absorber. Photo de Stéphane Gicquel, que nous avions rencontré et dont nous avions dressé le portrait sur 3bikes il y a un an.

Et les 120 grammes dans tout ça ?

C’est évidemment la question qui fait immédiatement le lien avec notre article d’hier. Est-ce que manger énormément de glucides pendant l’effort peut provoquer ce type de problème ? Oui, une stratégie nutritionnelle mal tolérée peut favoriser certains troubles gastro-intestinaux. Mais non, consommer 90 ou 120 g/h ne provoque pas mécaniquement une diarrhée ou une incontinence.

C’est toute la nuance. Lorsqu’une quantité importante de glucides arrive dans l’intestin plus vite qu’elle ne peut être absorbée, une partie peut rester dans la lumière intestinale. Selon les molécules utilisées, leur concentration, la quantité d’eau disponible et la tolérance propre à chaque individu, cela peut favoriser des ballonnements, une sensation de lourdeur, des crampes abdominales ou une diarrhée.

Mais 120 grammes par heure ne sont pas simplement « deux fois plus agressifs » que 60 grammes. Les stratégies modernes associent notamment différents types de glucides, comme le glucose et le fructose, afin d’utiliser plusieurs voies de transport intestinal et ainsi augmenter la quantité totale de glucides pouvant être absorbée.

Et surtout, il faut distinguer deux choses que l’on confond régulièrement : ce que l’on avale et ce que l’organisme parvient réellement à utiliser.

Nina nous l’avait déjà raconté pendant le Tour

Ce qui est assez troublant, c’est qu’en voyant cette histoire de Pékin, je me suis immédiatement souvenu d’une discussion que nous avions eue cet été avec Nina Voit, fondatrice de Du Bon Sens dans Mon Assiette, lorsque nous avions consacré sur 3bikes tout un volet de notre dossier du Tour de France à ce fameux intestin devenu parfois le maillon faible de la performance.

Nina Voit, spécialiste en nutrition et digestion, dans sa cuisine avec son livre consacré à l’alimentation.
Nina Voit, fondatrice de Du Bon Sens dans Mon Assiette, nous l’expliquait déjà pendant le Tour de France : en plein effort, la question n’est pas seulement de savoir ce que l’on apporte au corps, mais ce qu’il est encore capable d’absorber et d’utiliser. © Du Bon Sens dans Mon Assiette

À l’époque, nous parlions évidemment de cyclisme, pas d’un Hyrox. Pourtant, la mécanique décrite était déjà exactement la même. Nina nous avait rappelé qu’un protocole nutritionnel pouvait être parfaitement logique sur le papier et devenir beaucoup moins pertinent une fois confronté à la chaleur, au stress, à l’intensité, à la déshydratation et à l’état réel du système digestif au moment où on lui demande de travailler.

Dans le volet 2/4 ; quand l’intestin devient le maillon faible ; Nina résumait alors parfaitement le problème : « Ce qui entre n’est pas forcément ce qui est utilisé. » Une phrase qui paraît presque évidente lorsqu’on la lit, mais qui l’est beaucoup moins dès que l’on commence à raisonner uniquement en grammes de glucides par heure.

Car avaler un gel n’envoie pas instantanément son contenu dans les muscles. Il doit quitter l’estomac, atteindre l’intestin grêle, être absorbé, passer dans la circulation et devenir disponible. De la même manière, boire 750 ml n’est pas encore être hydraté. Si l’estomac ralentit sa vidange ou si l’intestin est déjà saturé, une partie de ce que l’on continue à lui envoyer reste simplement en attente.

Nina utilisait d’ailleurs cette image que nous avions reprise pendant le Tour : augmenter les apports alors que le système digestif commence à saturer revient un peu à déposer toujours plus de colis devant un entrepôt dont on vient de réduire le nombre d’employés. Les cartons continuent d’arriver. C’est simplement leur traitement qui ralentit.

Elle insistait aussi sur un autre point qui prend un relief particulier avec ce qui vient de se passer à Pékin : un même aliment peut parfaitement passer un jour et devenir difficile à tolérer dans d’autres circonstances. La recette n’a pas changé. Le corps, lui, oui. Une nuit médiocre, davantage de stress, quelques degrés supplémentaires, une hydratation insuffisante ou un intestin déjà irrité peuvent suffire à déplacer le seuil à partir duquel tout commence à se compliquer.

Et Nina ajoutait quelque chose de finalement très éloigné de notre obsession moderne du chiffre : « On peut entraîner une capacité, mais on ne doit pas oublier d’écouter la réponse. » L’objectif n’est donc pas de battre son record personnel de glucides absorbés comme on chercherait à augmenter son FTP. L’objectif est de construire la quantité maximale réellement utile et réellement tolérée dans les conditions où l’on devra la consommer.

Ce que Pékin montre de manière extrêmement spectaculaire, le Tour nous l’avait finalement déjà raconté beaucoup plus discrètement : un protocole ne vaut jamais davantage que la capacité du corps à l’exécuter.

Oui, on peut entraîner son intestin.

Voilà probablement la partie la plus fascinante de toute cette histoire. Pendant des décennies, les cyclistes ont entraîné leurs jambes, leur cœur, leur VO2 max, leur seuil, leur capacité à supporter le lactate, leur position aérodynamique ou encore leur tolérance à la chaleur. Mais quasiment personne ne disait : « Aujourd’hui, je vais entraîner mon intestin. »

Pourtant, c’est exactement ce que fait aujourd’hui une partie du sport de haut niveau. Plusieurs travaux montrent qu’une exposition répétée aux glucides pendant l’exercice peut améliorer la tolérance digestive. Le tube digestif s’adapte lui aussi à ce qu’on lui demande régulièrement, même si cette adaptation n’est ni infinie ni identique chez tout le monde.

Nina Voit présentant son livre sur l’alimentation, lors de l’entretien réalisé par 3bikes autour de la nutrition et de la digestion.
Pour Nina Voit, l’intestin peut lui aussi être entraîné. Mais l’objectif n’est pas de lui imposer toujours davantage : il s’agit de construire progressivement ce que l’organisme est réellement capable de tolérer, d’absorber et d’utiliser. © Du Bon Sens dans Mon Assiette

Cela signifie quelque chose de finalement très simple : vous ne devriez probablement pas davantage découvrir 120 g/h le matin de votre objectif que vous ne découvririez une nouvelle paire de chaussures au kilomètre zéro d’un marathon.

On teste. On augmente progressivement. On trouve les concentrations que l’on supporte. On détermine combien boire avec chaque apport. On identifie les produits qui passent bien et ceux qui provoquent des problèmes. Et surtout, on reproduit cette stratégie à l’intensité à laquelle elle devra réellement fonctionner.

Parce que supporter trois gels pendant une sortie tranquille de trois heures et absorber 100 grammes de glucides par heure dans le dernier tiers d’une course sont deux exercices physiologiques complètement différents. Comme nous le rappelait Cyrille Saillard, « l’estomac et l’intestin ne doivent pas découvrir le plan nutritionnel le jour où les jambes découvrent la compétition. »

L’intestin, nouvel organe de la performance ?

C’est probablement là que l’histoire devient intéressante pour nous, cyclistes. Hier, dans notre article consacré à l’évolution de la nutrition, nous racontions comment les 100 ou 120 g/h étaient devenus pour certains une nouvelle frontière de la performance. Mais le chiffre lui-même n’est peut-être finalement pas la partie la plus importante de cette révolution.

La véritable évolution consiste probablement à comprendre que manger ne suffit pas. Il faut digérer. Il faut absorber. Il faut transporter. Il faut tolérer. Et il faut être capable de continuer à faire tout cela quand l’intensité augmente, quand il fait chaud, quand la fatigue s’installe et quand le système digestif n’est plus vraiment prioritaire pour l’organisme.

Entre le gel avalé et le watt produit se trouve donc tout un système physiologique que nous avons longtemps ignoré tant qu’il fonctionnait.

On parle volontiers du VO2 max d’un coureur, de son seuil, de son FTP, de sa capacité à répéter les efforts. Peut-être faudra-t-il progressivement parler aussi de sa capacité digestive. Car l’athlète capable d’ingérer beaucoup de glucides, de les absorber correctement, de maintenir son confort digestif et de recommencer heure après heure possède incontestablement une qualité supplémentaire.

Une sorte de performance invisible. Comme nous l’expliquait ici Martijn Redegeld, spécialiste de la nutrition chez Visma | Lease a Bike et Brand Manager chez AMACX, « dans le sport d’endurance moderne, avoir les jambes pour consommer 120 g/h ne suffit plus. Il faut aussi avoir l’intestin capable de les encaisser. »

Jeff Tatard en plein effort consommant sa nutrition de course, illustrant le chemin entre l’ingestion des glucides, leur absorption par l’intestin et leur utilisation par les muscles.
Entre le gel avalé et le watt produit, tout un système doit encore fonctionner : vidange gastrique, digestion, absorption, transport puis utilisation du glucose par le muscle. La nutrition ne devient performance qu’à partir du moment où l’organisme est capable de la traiter.

Notre nouveau facteur limitant est peut-être là.

L’incident de Pékin ne démontre évidemment pas que nous mangeons trop en compétition. Il ne prouve absolument pas non plus que les stratégies à 100 ou 120 g/h seraient dangereuses par principe. Le contexte de Joanna Wietrzyk semble au contraire montrer que plusieurs facteurs ont probablement convergé dans une situation exceptionnelle.

Mais cette histoire rappelle quelque chose que le sport oublie parfois lorsqu’il cherche à tout optimiser : le corps humain n’est pas une machine dans laquelle il suffirait de verser davantage de carburant pour obtenir davantage de puissance.

Il faut encore que le réservoir l’accepte. Que l’estomac se vide. Que l’intestin absorbe. Que l’eau suive. Que les transporteurs intestinaux puissent faire leur travail. Et que l’ensemble continue de fonctionner alors que l’organisme, lui, préfère envoyer ses ressources ailleurs.

C’est finalement ce que Nina nous disait déjà au mois de juillet : le corps conserve toujours le dernier mot. Et deux mois plus tard, ce qui s’est passé à Pékin nous le rappelle d’une manière beaucoup plus brutale.

Hier, nous racontions comment le cyclisme avait appris à nourrir les jambes. Cette histoire rappelle peut-être ce qui constitue déjà la prochaine étape : apprendre à entraîner tout ce qui se trouve entre l’assiette et les muscles.

Parce qu’au bout du compte, le facteur limitant de la nutrition sportive moderne ne sera peut-être bientôt plus la quantité de glucides que nous sommes capables d’emporter.

Mais celle que notre intestin est réellement capable d’accepter, d’absorber… et d’utiliser.

=> Pour mieux comprendre l’univers de Nina Voit : DU BONS SENS DANS MON ASSIETTE 

=> Et ici, si vous voulez découvrir tous nos articles Nutrition

Jean-François Tatard

- 45 ans - Athlète multidisciplinaire, coach en vente et consultant sportif. Collaborateur à des sites spécialisés depuis 10 ans. Son histoire sportive commence quasiment aussi vite qu’il apprend à marcher. Le vélo et la course à pied sont vite devenus ses sujets de prédilection. Il y obtient des résultats de niveau national dans chacune de ces deux disciplines.

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