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Il y a des noms qui résonnent comme une évidence dans le monde du cyclisme. Celui de Magnien en fait partie. Emmanuel, le père, fut l’un des meilleurs cyclistes français des années 90 et 2000, un puncheur audacieux, un sprinteur combatif. Lorenzo, le fils, aurait pu fuir cette ombre imposante, se détourner du vélo pour tracer un chemin bien à lui. Mais non. Dès son plus jeune âge, en découvrant dans le grenier familial les maillots et trophées de son père, il comprend que son histoire passera, elle aussi, par le vélo.
Par Jeff Tatard – Photos : ©Gérard Briand / DR
« C’est en voyant les valises remplies d’anciens maillots de mon père et tous les trophées que j’ai eu envie de rentrer dans ce milieu. » Pourtant, ce destin n’avait rien d’écrit. Chez les Magnien, le vélo n’était pas une évidence à transmettre. Emmanuel Magnien savait trop bien ce que ce sport exigeait. La souffrance, les sacrifices, les duretés du chemin pour ceux qui osent rêver d’un avenir entre échappées et sprints à la gloire. Sa mère, elle, voyait surtout le danger, la route impitoyable, les chutes qui marquent les corps et les esprits.
Lorenzo a dû se battre, pendant cinq longues années, pour que ses parents acceptent. Et il l’a fait à sa manière : en prenant les choses en main, seul. « J’ai rapporté un dossier d’inscription du forum des associations et je leur ai dit que je voulais être licencié. Ils ont fini par céder, à une condition : que je trouve moi-même mon premier vélo et que je me débrouille pour aller sur les courses. »
L’indépendance comme moteur
Cette autonomie, cette volonté de ne rien devoir à personne, Lorenzo l’a cultivé dès ses premiers tours de roue. C’est son oncle qui lui offre son premier vélo. C’est son entraîneur de l’ASELB, Laurent Tricot, qui l’emmène sur les courses. Un an plus tard, voyant leur fils déterminé, ses parents finissent par l’accompagner. Mais Lorenzo a déjà compris une leçon essentielle : rien ne lui sera donné. Il devra tout construire, tout mériter.
Grandir dans l’ombre d’un père ancien professionnel n’est pas toujours une bénédiction. Très vite, la pression s’invite dans ses courses. Chaque arrivée, chaque échappée, chaque performance est scrutée, comparée. On ne parle pas seulement de Lorenzo, on parle du fils de. Un poids dont il mettra du temps à se libérer. » Au début, c’était une pression. À chaque course, on me parlait de mon père. Aujourd’hui, je suis fier de son parcours, et quand on m’en parle, c’est toujours avec plaisir. Mais maintenant, je roule pour moi. »
L’apprentissage, il l’a fait à l’ancienne. Emmanuel Magnien n’a jamais été du genre à imposer les plans d’entraînement ultra-scientifiques qui suivent désormais les jeunes coureurs. « Il m’a toujours entraîné sans données, juste en me disant le nombre d’heures à faire et si je devais placer des accélérations. Il a surtout insisté pour que je ne me crame pas trop jeune. » Là où d’autres s’épuisent à vouloir brûler les étapes, Lorenzo avance à son rythme. Il écoute son corps, il construit sa progression sur la durée.
Trouver son équilibre
Mais Lorenzo n’est pas qu’un coureur cycliste. Il a compris très tôt qu’il lui fallait un équilibre. À 16 ans, il entame un bac pro paysagiste, une autre passion transmise par son père. « J’ai commencé à travailler avec lui en apprentissage et après mon bac, je me suis mis à plein temps avec lui. » Mais plutôt que de suivre exactement le même chemin, Lorenzo crée sa propre entreprise : Lodgi Paysage. Une décision forte, qui lui permet d’organiser son travail autour de ses entraînements et de ses cours.
Travailler dans le paysagisme est une force, mais aussi une contrainte. Physiquement, c’est un atout : « Cela me permet de renforcer des muscles que je ne travaille pas nécessairement sur le vélo. » Mentalement, c’est une échappatoire. Lorenzo refuse d’être enfermé dans une seule identité. Il veut être coureur, mais aussi entrepreneur, un homme libre avant tout.
Rouler pour l’instant présent
Aujourd’hui, Lorenzo a rejoint les rangs de la DN1 avec le Guidon Chalettois, l’un des meilleurs clubs amateurs de France. Il a gravi les échelons un par un, sans brûler les étapes, avec la patience et la rigueur nécessaires. Il sait ce qu’il vaut : un sprinteur capable de briller sur des arrivées difficiles, un rouleur puissant qui ne craint pas de mener la chasse.
Ses ambitions sont claires, mais il ne s’égare pas dans des rêves irréalistes. Passer professionnel ? Pourquoi pas. « Je ne cours pas après un contrat pro, mais si cela se présente à moi, je ne dirai pas non. » Gagner un championnat de France ? Là, en revanche, il l’avoue : porter le maillot tricolore pendant une saison serait un rêve absolu.
Ce qui frappe chez Lorenzo, c’est sa lucidité. Il observe avec un regard presque philosophique le monde du cyclisme actuel. Il voit ces jeunes qui s’imposent des régimes draconiens, qui analysent chaque donnée, qui recherchent la perfection en oubliant l’essentiel. « Aujourd’hui, les amateurs se prennent trop la tête sur l’alimentation et les entraînements. Ils oublient que le plus important, c’est le plaisir. Il faut trouver un juste milieu. »
Et le plaisir, Lorenzo sait comment le cultiver. Quand il ressent de la fatigue mentale, il sait lâcher prise. Une bière entre amis, un bon repas, une coupure nécessaire pour mieux revenir. Il ne se laisse pas enfermer dans une discipline rigide, car il sait qu’au bout de cette route, ce qui compte, ce n’est pas seulement le palmarès. C’est l’épanouissement personnel, la sensation d’avoir fait les choses comme il l’entendait.
L’histoire continue
Lorenzo Magnien n’a pas choisi la facilité. Il aurait pu se couler dans un moule, suivre la voie toute tracée d’un fils d’ancien pro. Il a préféré construire son propre chemin, à sa manière, en trouvant un équilibre entre travail, passion et plaisir. Il avance, sans pression, sans brûler les étapes. Il vit le vélo comme il vit sa vie : avec intensité, mais sans jamais se perdre dans l’obsession.
Son histoire, c’est celle d’un jeune homme qui a appris à conjuguer héritage et liberté, à tracer sa propre route sans renier d’où il vient. Peu importe où cette route le mènera, une chose est sûre : il roulera toujours avec cette même envie, ce même feu intérieur qui l’a poussé, enfant, à rêver devant les trophées poussiéreux de son père.
Et si un jour il lève les bras sous le maillot tricolore, on saura que cette victoire n’est pas celle d’un nom, mais celle d’un homme qui n’a jamais arrêté de croire en lui.
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Pour l’avoir rencontré en tant que conçurent de mes coureurs U17 c’est vrai rien ne lui a été donné